Retour à l’histoire de la Haute-Savoie

ancien haute savoie

La Savoie est une région d’Europe à vocation historico-culturelle. Elle comprend en gros le territoire des Alpes occidentales entre le lac Léman au nord et le Dauphiné au sud.

Le territoire historique de la Savoie est devenu le territoire féodal de la Maison de Savoie entre le XIe et le XIVe siècle. Le territoire historique est partagé entre les pays modernes que sont la France, l’Italie et la Suisse.

Installée par Rodolphe III, roi de Bourgogne, officiellement en 1003, la Maison de Savoie est devenue la plus ancienne maison royale d’Europe qui ait survécu. Elle a régné sur le comté de Savoie jusqu’en 1416, puis sur le duché de Savoie de 1416 à 1860.

Le territoire de la Savoie a été annexé à la France en 1792 sous la Première République française, avant d’être rendu au Royaume de Sardaigne en 1815. La Savoie, ainsi que le comté de Nice, ont finalement été annexés à la France par plébiscite, sous le Second Empire français en 1860, dans le cadre d’un accord politique (traité de Turin) négocié entre l’empereur français Napoléon III et le roi Victor Emmanuel II du royaume de Sardaigne qui a entamé les dernières étapes du processus d’unification de l’Italie. La dynastie de Victor Emmanuel, la Maison de Savoie, a conservé ses terres italiennes du Piémont et de la Ligurie et est devenue la dynastie dirigeante de l’Italie.

Histoire

Histoire ancienne

La région était occupée par les Allobroges, un peuple gaulois que la République romaine a soumis en 121 av. Le nom Savoie vient du latin Sapaudia, qui fait référence à une forêt de sapins[n 1]. Le mot vient probablement du gaulois : le sapin lui-même est un mélange de saphirs (sapin) gaulois et de pinus (pin) latin.

Il a été enregistré pour la première fois dans Ammianus Marcellinus (354), pour décrire la partie sud de Maxima Sequanorum. Selon la Chronica Gallica de 452, il a été séparé du reste des territoires bourguignons en 443, après la défaite bourguignonne de Flavius Aetius.

Haut et bas Moyen Âge

Au VIIIe siècle, le territoire qui sera plus tard connu sous le nom de Savoie fait partie de la Francie, et lors de la division de la Francie lors du traité de Verdun en 843, il fait partie du royaume éphémère de la Moyenne Francie. Après seulement 12 ans, à la mort de Lothaire Ier en 855, la Moyenne Francie a été divisée en Lotharingie au nord des Alpes, en Italie au sud des Alpes et dans les régions de Bourgogne dans les Alpes occidentales, dont Charles de Provence a hérité. Ce dernier territoire comprend ce qui sera connu sous le nom de Savoie et de Provence.

Du Xe au XIVe siècle, une partie de ce qui allait devenir la Savoie est restée au sein du royaume d’Arles. À partir du XIe siècle, la montée en puissance progressive de la Maison de Savoie se traduit par l’extension du territoire de leur comté de Savoie entre 1003 et 1416.

Le comté de Savoie est détaché de jure du royaume d’Arles par Charles IV, empereur du Saint Empire romain en 1361. Il acquiert le comté de Nice en 1388, et ajoute en 1401 le comté de Genève, la région de Genève à l’exception de la ville proprement dite, qui est gouvernée par son prince-évêque, nominalement sous le règne du duc : les évêques de Genève, par accord tacite, viennent de la maison de Savoie jusqu’en 1533.

Le Duché de Savoie

Le 19 février 1416, Sigismond, empereur du Saint Empire romain, fait du comté de Savoie un duché indépendant, avec Amadeus VIII comme premier duc. À cheval sur les Alpes, la Savoie se trouve dans deux sphères d’influence concurrentes, une sphère française et une sphère nord-italienne. À l’époque de la Renaissance, la Savoie ne montre que de modestes.

La Savoie tirait sa subsistance de l’agriculture et sa situation géographique avait également une importance militaire. Pendant les interminables guerres entre la France et l’Espagne pour le contrôle de l’Italie du Nord, la Savoie était importante pour la France car elle permettait d’accéder à l’Italie.En 1563, Emmanuel Philibert a déplacé la capitale de Chambéry à Turin, qui était moins vulnérable à l’ingérence française.

Vaud a été annexé par Berne en 1536, et la Savoie a officiellement cédé Vaud à Berne dans le traité de Lausanne du 30 octobre 1564.

En 1714, à la suite de la guerre de succession d’Espagne, la Savoie a été techniquement intégrée au royaume de Sicile, puis (après que cette île ait été échangée avec l’Autriche pour la Sardaigne) au royaume de Sardaigne à partir de 1720. Alors que les chefs de la Maison de Savoie étaient connus sous le nom de Rois de Sardaigne, Turin restait leur capitale.

Les guerres révolutionnaires françaises

La Savoie a été occupée par les forces révolutionnaires françaises entre 1792 et 1815. La région fut d’abord ajoutée au département du Mont-Blanc, puis divisée en 1798 entre les départements du Mont-Blanc et du Léman (nom français du lac Léman). En 1801, la Savoie quitta officiellement le Saint Empire romain.

Le 13 septembre 1793, les forces combinées de la Savoie, du Piémont et de la Vallée d’Aoste combattirent et perdirent face aux forces d’occupation françaises à la bataille de Méribel (Sallanches). Les deux tiers de la Savoie ont été restitués au royaume de Sardaigne lors de la première restauration de 1814, après l’abdication de Napoléon ; environ un tiers de la Savoie, y compris les deux villes les plus importantes de Chambéry et d’Annecy, est resté en France.

Après le bref retour au pouvoir de Napoléon pendant les Cent-Jours et la défaite ultérieure à Waterloo, le tiers restant de la Savoie a été restitué au Royaume de Sardaigne lors du Congrès de Vienne pour renforcer la Sardaigne en tant qu’État tampon à la frontière sud-est de la France.

L’histoire moderne

De 1815 à 1860, la Savoie a fait partie du royaume de Sardaigne.

Annexion à la France

La Seconde République française a tenté pour la première fois d’annexer la Savoie en 1848. Un corps de 1 500 hommes est envoyé de Lyon et envahit la Savoie le 3 avril, occupant la capitale, Chambéry, et proclamant l’annexion à la France. En apprenant l’invasion, les compatriotes se précipitent à Chambéry. Le corps est chassé par la population locale. Cinq Français ont été tués et 800 ont été capturés.

Le 21 juillet 1858 à Plombières (Vosges), le premier ministre du royaume de Sardaigne, Camillo Benso, comte de Cavour, rencontre en secret Napoléon III pour obtenir le soutien militaire français contre l’Empire autrichien lors des conflits liés à l’unification italienne. Au cours de la discussion, Cavour a promis que la Sardaigne céderait le comté de Nice et le duché de Savoie au second empire français. Bien qu’il s’agisse d’un arrangement secret, il est rapidement devenu largement connu.

Le traité d’annexion de Nice et de la Savoie à la France a été signé à Turin le 24 mars 1860 (traité de Turin). Dans les provinces du nord du Chablais et du Faucigny, on s’est montré favorable à l’annexion à la Suisse voisine, avec laquelle les provinces du nord avaient des liens économiques de longue date. Pour contribuer à réduire l’attractivité de la Suisse, le gouvernement français a concédé une zone de libre-échange qui maintenait les relations de longue date des communes savoyardes du nord avec Genève en franchise de droits.

Le traité a été suivi, les 22 et 23 avril, d’un plébiscite au suffrage universel masculin, au cours duquel les électeurs ont eu la possibilité de voter « oui » pour approuver le traité et rejoindre la France ou de rejeter le traité par un vote négatif.

Les options refusées, soit de rejoindre la Suisse, soit de rester avec l’Italie, soit de recouvrer son indépendance, ont suscité une certaine opposition. Avec un vote de 99,8 % en faveur de l’adhésion à la France, il y a eu des allégations de fraude électorale, notamment de la part du gouvernement britannique, qui s’est opposé à l’expansion continentale de son ennemi traditionnel français.

Le correspondant du Times en Savoie, qui était à Bonneville le 22 avril, a qualifié ce vote de « farce(s) la plus basse(s) et la plus immorale(s) jamais jouée(s) dans l’histoire des nations ». Il a terminé sa lettre par ces mots :

Je vous laisse tirer vos propres conclusions de ce voyage, qui montreront clairement quel a été le vote dans cette partie de la Savoie. Le vote a été l’ironie la plus amère jamais faite sur le suffrage populaire. L’urne dans les mains des autorités mêmes qui ont émis les proclamations ; aucun contrôle possible ; même les voyageurs soupçonnés et obstinés de peur de devoir s’immiscer dans l’affaire ; toute opposition étouffée par l’intimidation, et toute liberté d’action complètement supprimée.

On ne peut guère reprocher à l’opposition d’avoir abandonné la partie ; on a utilisé une trop grande force contre elle. Quant au résultat du vote, personne ne doit donc s’en inquiéter ; il sera tout aussi brillant que celui de Nice. Le seul danger est que les autorités savoyardes, dans leur zèle, ne se comportent comme certains Français lors du vote de 1852, trouvant à leur grande surprise un nombre de voix plus important que les électeurs inscrits sur la liste.

Dans sa lettre à l’ambassadeur de Vienne Lord A. Loftus, le secrétaire d’État aux affaires étrangères et du Commonwealth de l’époque, John Russell, 1er comte Russell, a déclaré : « Voter en Savoie et à Nice est une farce … nous ne sommes ni divertis ni édifiés ».

L’annexion a été promulguée le 14 juin 1860. Le 23 août 1860 et le 7 mars 1861, deux accords ont été signés entre le Second Empire français et le Royaume de Sardaigne pour régler les questions restantes concernant l’annexion.

XXe siècle

En 1919, la France a officiellement (mais contrairement au traité d’annexion) mis fin à la neutralité militaire des parties du pays de Savoie qui avait été initialement convenue au Congrès de Vienne, et a également éliminé la zone de libre-échange – les deux articles du traité ayant été brisés officieusement pendant la Première Guerre mondiale. La France a été condamnée en 1932 par le tribunal international pour non-respect des mesures du traité de Turin concernant les provinces de Savoie et de Nice.

En 1960, le terme d’annexion ayant acquis des connotations négatives en France, notamment après l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne en 1871, l’annexion a été rebaptisée Rattachement de la Savoie à la France C’est ce dernier terme qui a été utilisé par les autorités françaises lors des festivités célébrant le 100e anniversaire de l’annexion. Daniel Rops de l’Académie française a justifié le nouveau titre par ces mots :

La Savoie a commencé à célébrer les fêtes en 1960, en commémorant le centenaire de son rattachement à la France. C’est à dessein que le mot « rattachement » est ici mis en évidence : les Savoyards lui accordent une grande valeur, et c’est le seul qu’ils ont décidé d’utiliser dans la terminologie officielle du centenaire.

En cela, ils ont infiniment raison. Hier, un autre terme a été utilisé : l’annexion. En y regardant de plus près, c’était une erreur ! Peut-on parler d’annexion quand on parle d’une décision qui a été approuvée par 130 889 électeurs sur 135 449 ? […]. La Savoie n’a pas été annexée […] mais elle a été incorporée librement et par la volonté de ses habitants.

Un ancien député français, P. Taponnier, a évoqué le sujet de l’annexion : [citation nécessaire]

Fin mars 1860, la cérémonie des fiançailles de la Savoie à la France a eu lieu au palais des Tuileries […], une cérémonie qui était un pacte d’amour et de fidélité […] c’est avec le libre consentement qu’elle [la Savoie] s’est donnée à la France par un plébiscite solennel dont nos dirigeants ne peuvent ignorer ni les termes ni les engagements. […] Que les cloches de nos villes […] de Savoie vibrent à l’unisson pour glorifier, en ce magnifique Centenaire, l’engagement indéfectible de la Savoie envers la France. Les Savoyards ne se sentaient pas italiens. D’ailleurs, ils parlaient français. C’est pourquoi, en 1858-1859, lorsque la rumeur a couru sur l’accord secret de Plombières, où Napoléon III et Cavour ont décidé du sort de la Savoie, les Savoyards eux-mêmes ont pris l’initiative de demander le rattachement. L’incorporation était un acte de libre arbitre, dans l’ordre logique de la géographie et de l’histoire […].

La politique régionaliste moderne

Depuis le milieu du XXe siècle, des mouvements régionalistes sont apparus en Savoie comme dans d’autres provinces historiques de France. Le Mouvement Régional Savoie a été fondé en décembre 1971 en tant que « mouvement » (plutôt que parti politique traditionnel) en faveur de l’autonomie régionale. Contrairement à d’autres provinces historiques, dont la Normandie et la Bretagne, la Savoie ne possède pas actuellement de région propre en France et fait partie de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Lors des élections locales de 1996, le Mouvement régional de Savoie a obtenu 19 434 voix ; il en a reçu 4 849 aux élections régionales de 1998. Une nouvelle organisation non partisane, La Région Savoie, j’y crois ! (Je crois en la Région Savoie !), a été fondée en 1998. L’organisation milite pour le remplacement des départements de Savoie et de Haute-Savoie par un gouvernement régional, distinct de la région Auvergne-Rhône-Alpes, avec des pouvoirs délégués plus importants.

Un mouvement séparatiste très marginal est également apparu en Savoie au cours des vingt dernières années, représenté notamment par la Ligue Savoisienne, fondée en 1994. Lors des élections régionales de mars 1998, un siège (sur 23) a été remporté par Patrice Abeille, chef de la Ligue, qui a obtenu un total de 17 865 voix dans les deux départements. En 2004, En attendant la liberté en Savoie a été fondée pour promouvoir la cause séparatiste pacifique auprès des jeunes.

Selon des sondages réalisés en 2000, entre 41 % et 55 % de la population étaient favorables à la proposition d’une région séparée de la Savoie, tandis que 19 % à 23 % étaient en faveur de la séparation de la France. Vers la fin de l’année 2005, Hervé Gaymard a demandé que la Savoie bénéficie d’un statut spécial, similaire à celui d’une région française, dans le cadre de son projet de « Conseil des Pays de Savoie ».

Les débats historiographiques modernes

Ces dernières années, [quand ?] sous l’impulsion du minuscule mouvement séparatiste savoyard, beaucoup d’attention a été portée sur la remise en cause de la validité de l’annexion de 1860. La Ligue Savoisienne, par exemple, rejette le traité de Turin et le plébiscite qui s’en est suivi comme étant nul et non avenu, arguant que le plébiscite n’a pas respecté les normes d’un vote libre et équitable. Aujourd’hui, les historiens reconnaissent généralement que le plébiscite de 1860 comportait des irrégularités, mais ils affirment également que l’instrument d’annexion était le traité de Turin et non le plébiscite, dont le but principal était de démontrer que l’opinion publique en Savoie était favorable à l’annexion après la signature du traité.Dans une interview accordée au journal Le Dauphiné Libéré, Sylvain Milbach, historien de l’Université de Savoie, qualifie le vote de napoléonien, mais affirme également qu’un vote totalement libre et équitable n’aurait pas changé le résultat de manière spectaculaire, car la majorité des Savoyards souhaitaient devenir français. C’est aujourd’hui la position officielle du Conseil général de la Savoie.

Laisser un commentaire