Interlac Trail : je suis presque devenue qui je veux...*

La Féclaz, départ du 1er Interlactrail - 17km - 20 juillet 2014

C'est l'histoire d'une petite fille née par accident, qui s'est souvent demandée pourquoi elle était née, pourquoi elle était là, si sa présence était souhaitée ou utile, si on avait besoin d'elle,  à quoi sa vie, la vie pouvait bien servir. Pouvait-on l'aimer, la désirer ?

Pendant des années, elle chercha une réponse à ses questions. Fascinée sans savoir pourquoi par les traileurs, les alpinistes, les coureurs de l'inutile qui cherchent leur voie, parcourent les chemins, toujours plus vite, plus haut, plus loin ?

Elle n'a jamais été sportive. Pas qu'elle ne le veuille pas, mais on ne la pas encouragée dans cette voie. Et puis elle n'avait pas un physique pour ça ! A l'âge de 6 ans, un accident de ski, elle se fracture le péroné, un petit os discret, dont on parle peut, dont la fracture n'est pas spectaculaire, mais la consolidation délicate.

Elle se souvient d'un énorme plâtre pendant 6 semaines, d'une petite fille seule et triste sans bouger des heures devant sa télé. De la scie circulaire qui lui a taillé la jambe quand on lui a enlevé le plâtre.
Elle se souvient de sa difficulté à remarcher ensuite. Elle ne se souvient pas de séance de rééducation.
Elle se souvient d'une petite fille triste qui jamais n'arrivera vraiment à courir, à sauter à cloche pied sur son pied droit.
Elle se souvient d'une petite fille triste pour qui faire du sport était une souffrance et un obstacle insurmontable.
Elle se souvient d'une petite fille triste qui avait envie de faire de la danse, mais à qui on a dit qu'elle était trop grosse pour cela. Et oui la petite fille triste, immobile pendant des semaines avait tué le temps en mangeant un peu trop de gâteau devant sa télé.
Et les kilos sont restés, se sont accumulés années après années, comme sa douleur de ne pas pouvoir courir, de ne pas pouvoir sauter à cloche pied.

Un jour la petite fille triste en a eu marre d'être triste, a compris qu'il y avait beaucoup mieux à faire sur terre. Que la vie valait d'être vécue à fond, d'être croquée à pleine dent, ou pas.
La petite fille a pris son destin en main, a perdu ses kilos, a commencé à faire du sport, à s'amuser, à bouger, à rencontrer des gens, plein de gens, à faire des choses, plein de choses. Sans toujours savoir pourquoi.
Ele a commencé à marcher, en essayant de trouver son chemin. Puis comme ça n'allait pas assez vite, elle s'est dit pourquoi pas tenter de courir. Sauf qu'un jour, sa jambe droite lui a fait comprendre qu'elle n'était pas vraiment guérie. Un peu plus grande que sa soeur de gauche, elle avait pris trop de place. La jambe gauche, plus petite, sans le vouloir trainait la patte, lui faisait mal, l'empêchait de courir aussi vite qu'elle l'aurait voulu.
Que faire se demandait la petite fille, qui voulant aller plus vite, plus haut, plus loin, s'était mis à courir des trails ? Que faire si ses jambes ne courent pas aussi vite qu'elle le voudrait, que faire si ses jambes la font souffrir ? Arrêter de courir ou bien les soigner pour qu'elles aillent mieux ?

La petite fille pensa qu'il fallait d'abord qu'elle remercie ses jambes de l'avoir portée jusque-là, que finalement elles n'étaient pas si mal que cela, et qu'en prenant le temps, elles pourraient encore faire mieux, car le chemin parcouru au cours de l'année écoulée était déjà énorme. Avec un peu de patience, de l'amour et de l'attention, mais aussi du travail et de la motivation, les jambes de la petite fille pourraient encore progresser, et rendre la petite fille heureuse.

La petite fille n'est pas encore tout à fait devenue celle qu'elle voudrait être, mais elle se dit qu'il y aura d'autres trails, l'année prochaine ou celle d'après.
La petite fille deviendra un jour celle qu'elle aurait toujours voulu être. Elle ne fera plus partie de la queue du peloton, elle ne fera plus partie de ceux que l'on traine comme un boulet, de ceux qui sont trop nuls pour y arriver, de ceux qui devraient rester chez eux plutôt que de chercher à prouver quoi que ce soit.
La petite fille remercie toutes celles et ceux que la vie a placé sur son chemin.
Celles et ceux qui l'ont aidée, encouragée, motivée.
Celles et ceux qui lui ont dit qu'elle pouvait y arriver, qu'elle était persévérante, battante.
Celles et ceux qui lui ont dit que ce qu'elle faisait était bien, que cela valait la peine d'être fait ou vécu.
Celles et ceux qui lui ont dit qu'elle était aimée, désirée.
Celles et ceux qui lui ont permis d'y croire, enfin, car il n'est jamais trop tard.

MERCI.

Heureuses d'être arrivées ensemble, en 2h23. 

Merci à mon amie Céline pour avoir couru avec moi ce premier Interlac Trail, nous finissons 82 sur 106, en 2h23. Je considère que je serai devenue qui je veux, quand je finirai dans le milieu de tableau, soit 53 sur 106. Gwendal Peizerat, champion olympique de danse sur glace, qui a couru ce trail avec nous, termine lui en 53ème position, en 2h10. Je prends cela comme un signe, mais aussi comme un objectif à atteindre pour mon prochain Interlac Trail. (* Deviens qui tu veux, est le slogan de l'Interlac, dont je remercie au passage le créateur et les organisateurs pour cette grande première qui fut une belle réussite avec plus de 1200 participants sur les différents parcours.)


Gwendal Peizerat au départ avec sa soeur.




3 commentaires

  1. La petite fille est devenu une femme qui avance et entreprend beaucoup.Et cette petite fille pleine d'énergie et d'enthousiasme doit vraiment croire qu'elle est devenu une femme désirable et

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  2. Désirée qui a trouvé sa voie et qui doit croire en sa réussite... Car nous l'aimons très fort

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  3. Pour finir je tenais à dire à cette petite fille bravo

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