Mon premier trail dans la vallée du Brevon : Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous !



Combi & trail, cool & fun !

Il y a un an et demi, j’écrivais ici, "de la marche nordique au trail il n’y a qu’un pas", alors que je venais de découvrir le trail en compagnie – excuser du peu- de Vincent Delebarre ( il a terminé 4ème du 60km/trail des Allobroges -Brevon l’année passée). A l’aube de mon 43ème anniversaire, j’ai réalisé un rêve et relevé un défi que je m’étais fixé cette année, courir mon premier trail.

Par un heureux hasard du calendrier, enfin comme je dis souvent, il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, ce 8 juin 2014, avait lieu le trail du Brevon-Bellevaux, au coeur d'une discrète mais superbe vallée nichée au dessus de Saint-Jeoire.

Inscription faite il y a un mois, pour le parcours de 13km, c’est avec notre magic combi que nous gagnons le samedi après-midi la vallée du Brevon, pour une petite reconnaissance et pour retirer nos dossards et un superbe tour de cou estampillé Raidlight (wouah la classe!)


Le lac de Vallon, superbe écrin pour notre Magic Bus

Ensuite une petite halte autour du lac de Vallon et un footing tranquille histoire de tester mes jambes qui n’avait pas couru depuis une semaine en raison de douleurs aux ischios et à la hanche gauche. Nous profitons de l'occasion pour rendre visite à nos amis de Saint-Jeoire, Myriam et Fabrice, qui nous soutiennent pour relever notre défi du lendemain.

Après une bonne nuit dans le combi, lever à 7 heures 30, pour un solide petit déj, le départ étant fixé à 10 heures tapantes. Le soleil déjà haut dans le ciel était lui aussi tapant et la journée s’annonçait chaude, très chaude. Qu’importe j'étais si heureuse d’avoir mon ami le soleil avec moi en ce superbe week-end de Pentecôte, la boue et la pluie rencontrées au Championnat de France de CO dans le Nord il y a un mois était encore bien présentes dans mon esprit.

Je me remémorais aussi les 23 kilomètres / 880 mD+ parcourus l’année passée dans le Vercors à l'EuroNordic sous une chaleur étouffante. Une bonne hydratation et une bonne gestion de l’effort m’avaient permis de les parcourir en 4h11 et d'arrivée presque fraîche et dispose.

Cette fois-ci, pour mon premier trail, je me disais que je n'avais pas choisi la facilité, puisqu'il s’agissait de parcourir, que dis-je escalader 800m D+, sur un tracé qui allait se révéler très technique de 13 ou plutôt 14km.

Main dans la main, mais par pour longtemps ;-)

Après un petit échauffement avec une bonne grimpette entre le parking et l'aire de départ ( faites un tour à Bellevaux, je ne sais pas comment ils ont fait pour caser un terrain de foot, tant les terrains sont escarpés), les 277 coureurs inscrits s'élançait au coup de feu.
Laissant les pros prendre les devant et mener l'allure dans les 800 premiers mètres descendants, je me laissait porter tranquillement sans forcer, sachant que la première montée allait être assassine (2km pour 400mD+).

Une longue file de marcheurs, car oui là il ne sera pas question de courir pendant les 30 minutes qui allaient suivre tant la pente était raide. Gérant mon effort, j'arrivais même à doubler quelques concurrents dans la montée, regrettant un peu mes bâtons de marche nordique, mais sans plus car j'avais envie de sentir ce que cela faisait d'avoir les mains libres.

Enfin, un petit replas sur lequel j’essayais de me relancer avant un ultime coup de cul, précédant une descente que je savais vertigineuse. Du 4ème au 6 ème kilomètre, une descente infernale qui nous menait de 1400 à 900 mètres d'altitude. Je restais très concentrée sur mes appuis pour éviter une chute, qui aurait pu être fatale, pensant à celle que j'avais évité de peu en descendant du Salève 10 jours auparavant, et aux précieux conseils de mon coach Daniel Pires (met tes pieds à 10 heures 10 et plie les genoux, reste souple,...)

Qui veut aller loin ménage sa monture.

En bas, autant vous dire que je ne sentais plus mes cuisses, tétanisées, et l'heure qui venait de s'écouler était déjà un petit défi en soit. Imaginez-vous, c'est presque monter au Salève et en redescendre en une heure de temps !  Oui mais voilà, nous n'étions même pas à mi-parcours !
Je me détendais un peu, buvant quelques gorgée, tentant de récupérer, car j’avais prévu d’attaquer la longue montée suivante (4km) en courant, euh non en trottinant, quoi que finalement j'allais peut être revoir mes objectifs à la baisse ...et marcher.

Car si  j'arrivais à maintenir une allure correcte entre 6 et 7 km/heure jusqu’au ravitaillement au km 8,  ensuite la pente-côte s’accentuait à nouveau, m'obligeant à à marcher, je me disais que finalement mieux vaut prendre son temps, que de ne pas arriver au bout.


Pas après pas, je gravissais cette montée qui me semblait ne jamais finir, je n’osais pas regarder trop loin, préférant me concentrer sur un rythme que je tentais de garder régulier. Quelques coureurs me doublèrent, plus loin la tortue redoublait quelques lièvres.

La souffrance n’était pas intenable, la montagne pas infranchissable mais tout de même, au cours de cette montée je m’interrogeais sur ce qui me pousse, ce qui nous pousse à courir ici un dimanche matin plutôt que de rester allongé au soleil. Au delà du fait d’admirer des paysages somptueux et de tutoyer les sommets, je trouvais quelques éléments de réponse à cette interrogation récurrente en doublant quelques montagnards âgés peuplant les alpages. Ils sourient sans doute en regardant passer ces sisyphes des temps modernes, ces trailers fous en quête de challenges. Je me dis qu’à une autre époque, les travaux harassants de la terre les dispensaient sans doute de tels défis.

Il n'y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin.

Aujourd’hui, nous passons notre vie assis devant un ordinateur ou dans une voiture. Il n’est donc pas étonnant qu’à un moment donné nous ayons envie de ressentir les muscles de notre corps, de les actionner, de découvrir notre force puis de repousser nos limites. C’est aussi une façon de se sentir vivant, mais aussi de s'évader des contraintes imposées par notre société, mieux, de résister à une douce somnolence, voir une obéissance résignée que l’on tente de nous faire accepter entre crise et spots publicitaires ventant les mérites de la facilité, du plaisir et du bonheur, mais qui tel un mirage ne s'achète pas.

Je découvre ou plutôt redécouvre que marcher ou courir est une forme d’évasion et de liberté, que sans effort point de satisfaction ou de bonheur.

Au bout de deux heures, je passe enfin le 11ème kilomètres et des encouragements bienveillants de supporters inconnus me regonflent un peu le moral pour les deux derniers kilomètres de descente. J’essaie de relancer un peu la machine, courir, voler, prendre du plaisir comme me l'a dit Daniel. Une rivière et une sous-bois rafraîchissant me font grand bien. Même si les jambes sont un peu, voir très lourdes, j’essaie de maintenir une allure un peu plus vive tout en gardant quelques forces pour finir "au sprint" sur les 300 derniers mètres.

Dernière ligne droite avant l'arrivée...

Hélas, ma Garmin indique 13,5 kilomètres et toujours point de ligne d’arrivée en point de mire. Par contre une dernière terrible grimpette nous attend avant la ligne d’arrivée. Il n’y aura donc pas de sprint final, mon chéri qui est arrivé depuis 30 minutes est venu me chercher et me soutient dans ces terribles derniers mètres.

J'espérais finir en moins de 2h30. Cela aurai été possible sur 13 km. Les 800 derniers kilomètres de rab m'ont semblé interminables, avec près de 8 minutes pour les parcourir. Qu’importe, l'essentiel était de passer la ligne d’arrivée, la tête haute, fière de mon chemin parcouru au cours de ces deux dernières heures, mais aussi au cours de cette 42ème année qui vient de s’écouler.



Mens sana in corpore sano
Comme sur ce trail, il y a eu des hauts et des bas, des douleurs et des bonheurs, des moments de doutes et des moments de joies, des jours où l’on avance d’un pas et d’autres où l’on a l’impression de reculer de trois. Telle est la vie, à l’image d’une course à pied, riche en enseignements et en beaux souvenirs, gravés dans mon cœur, mon corps et mon âme.

La journée n'étant pas finie une fois la ligne d'arrivée franchie, place à une bonne récupération, après une bonne douche, j'ai pu bénéficier du massage bien-faisant de Thierry Gueredrat d'Effective Massage qui m'a permis de récupérer de mes douleurs aux mollets et aux ischios. Un grand merci à lui.

Enfin, un petit passage au tableau d'arrivée pour vérifier mon classement, 189ème sur 254 et 57/101 femmes, 15ème V1. Donc voilà, pour un premier trail, je crois que j'ai plutôt bien géré, je me suis fait plaisir et je n'ai qu'une envie... recommencer ;-)

Un projet....dans un petit coin de ma tête...

Image de fin de cette incroyable journée, une rencontre et une photo avec Dawa Sherpa, un autre grand monsieur du trail. Cette journée que j’imaginais superbe, l’a été au delà de mes espérances, réunissant tous les ingrédients qui font les grands et beaux moments, le soleil, une organisation au top, un cadre majestueux, mes traces dans celles de trois modèles sportifs (Vincent Delebarre, Dawa Sherpa et Daniel Pires), ma famille autour de moi, et mes amis en pensée. 

Finalement le trail c'est tout ça...mais surtout ça... mieux connaître sa nature et découvrir la nature 

Le trail, c'est surtout ça

2 commentaires

  1. La vie est faite d'expériences que l'on peut ou pas saisir... Quand on parvient à en vivre une, soudain, l'enchantement survient : on ressent vraiment la vie qui nous anime ! Alors bravo pour ce trail, cette expérience, ton récit et surtout, continue sur cette voie, celle qui te transcende !!! ;-)

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