La Transvosgienne ou « le temps qui passe n’est que ce qu’on veut qu’il soit »

A quelques jours de la reprise estivale de la saison de marche nordique, j'ai le plaisir de vous faire partager cet article de Michel Helmbacher, marcheur nordique de Rosheim qui me l'a gentiment adressé avec ces quelques mots : "Le hasard m'a fait visiter votre site ; alors, ci-dessous, un petit résumé en diaporama de la traversée complète, nord-sud, du massif des Vosges réalisée l'été dernier en marche nordique, un itinéraire de 300 km parcourus en 11 jours/étapes ; et puis, pour Pascale Weber qui sait merveilleusement jouer avec les mots, je joins le résumé "écrit" de cette transvosgienne".


Le linguiste français Alain Rey disait que parler d’un mot, c’était éclairer le passé, viser l’avenir et donner du sens au présent, des a priori qui, dans la partie subconsciente et créatrice de mon esprit, et ce certainement depuis de longue date déjà, nourrissaient à petites doses l’expression «TRANSVOSGIENNE », un mot qu’il fallut néanmoins ajouter au dictionnaire officiel.
Qu’elle se traduise à pied, à vélo ou à ski, qu’importe, elle faisait partie de cette longue liste d’envies physiques ou chimériques que chacun de nous dresse sa vie durant et qui est faite d’éléments que l’on note parfois à la suite d’une vision ou d’une appétence subite, d’une idée ou d’un rêve prémonitoire, d’un besoin ou d’un désir momentané, mais dont beaucoup resteront malheureusement sans rappel.
Cette fois-ci, il en fut tout autrement ; amateur de courses en montagne et pratiquant depuis peu la marche nordique, ou Nordic-walking, ce projet de raid vosgien refit surface au moment opportun l’hiver dernier, peut-être parce qu’il était le noeud de deux passions actuelles dont il pouvait élargir en simultané les terrains d’action ; sans hésiter, je fis de ce projet une priorité pour l’été et, dès le printemps, lançais autour de moi un appel vers qui aimerait m’accompagner dans une traversée complète du massif des Vosges en marche nordique, du nord au sud, c’est-à-dire de Wissembourg à Belfort.
Dérouler ainsi, par monts et par vaux, quelques 300 kilomètres de rêves, d’envies et de spectacles panoramiques sous la poussée d’une paire de bâtons, mais profiter aussi, cartes à l’appui, des chemins et des sentiers de l’inconnu, voire de l’inattendu, des itinéraires balisés depuis plus d’un siècle par un nombre incalculable de bénévoles du Club Vosgien, voilà qui allait permettre de renouveler le regard que l’on porte habituellement sur les choses de la vie, tout en titillant, par-ci par-là, l’une ou l’autre émotion parfois sclérosée.
Et la magie du voyage itinérant opéra sans faillir puisque ce fut avant tout une aventure de l’esprit ; nous avons bien sûr contemplé la nature en marchant, mais nous avons surtout marché en contemplant la nature, souvent à l’écoute de nos voix intérieures qui donnaient en continu du sens à ce que nous étions entrain de vivre. Voilà pourquoi, pendant plus d’une semaine, dans un environnement pourtant si proche, presque familier et déjà parcouru de mille et une manières auparavant, tout fut si merveilleux!
Kilomètre après kilomètre, moment après moment, détail après détail, rencontre après rencontre, avec des haltes intermédiaires programmées à Obersteinbach, à Lichtenberg, à Saverne, à Wangenbourg, au Col du Donon, à Climont, au Col du Bonhomme, au refuge du Rainkopf, à St Amarin, au Ballon d’Alsace, et en compagnie de quelques amis qui se relayèrent d’après leurs disponibilités, les onze étapes de cette traversée intégrale des Vosges s’enchaînèrent sans discontinuer, épousant intelligemment les accidents du terrain et les caprices de la nature.
Rapidement, je pus constater, ô combien, de jour en jour, mon esprit devenait plus paisible, plus positif, se détachant doucement des tracas qui peuvent parfois nous empêcher d’être attentif à l’instant présent ; du coup, une énergie toute différente me secoua et, malgré la progression journalière d’une trentaine de kilomètres parcourue à un rythme soutenu, je pris conscience que, dans de telles circonstances, « le temps qui passe n’est que ce qu’on veut qu’il soit ».
Progressivement, et parce que pendant quelques jours, nous y avions introduit de la nouveauté et que plus rien d’autre ne comptait, ce temps se dilata et ralentit, permettant alors aux couleurs d’apparaître plus nettement, aux sons d’être perçus avec plus de profondeur et au quotidien d’être apprécié dans toute sa simplicité ; à partir de cet instant-là, nous ne vivions plus que « pour », « de » et « dans » ce voyage !
Ce phénomène du temps qui passe moins vite lorsque nous faisons quelque chose d’inhabituel, lorsque nous arpentons la nature ou que nous nous adonnons par exemple à une activité contemplative, est bien connu ; je pourrais l’appeler « phyto-transformation » ; voilà encore un mot à proposer aux dictionnaristes !
J’avais déjà pu constater ça en 2008, lors de mon périple eurasiatique à vélo, entre Paris et Pékin ; à cette époque, au bout de quelques semaines, la ligne au-delà de laquelle la vie n’est plus tout à fait la même avait été atteinte ; le quotidien devint alors plus spirituel, plus simple, plus facile à comprendre, à accepter et à vivre ; pour un temps, il se décrypta sous l’emprise d’un plaisir permanent…

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