Ensemble tutoyons les sommets…

Vue sur la chaîne du mont-Blanc depuis e sommet du Parmelan
C’est une année scolaire riche en émotions, rencontres, défi, leçons de vie qui s’achève pour moi avec celle de mes enfants. 
Et elle s’achève de bien belle manière, puisqu’une fois encore j’ai eu la chance de partager une aventure sportive avec la classe de 4ème «Esprit Nature Découverte et Montagne »  du collège Rimbaud de Saint-Julien en Genevois.

Ni promenade de santé, ni sortie ludique de fin d’année, la dernière étape d’un programme riche et progressif dont je vous ai déjà parlé ici (trail, marche nordique, raquette, VTT,) devait mener les élèves de Johanne Frémont et Daniel Pires à se surpasser à nouveau pour relever un ultime défi sportif et humain.
Les falaises du Parmelan

Un raid de trois jours devait nous mener de Dingy Saint-Clair au sommet du Parmelan pour une nuit au refuge Camille Dunant, avant la descente le deuxième jour en direction de Morette et la Balme de Thuy par le col du Pertuis. Remonter ensuite pour une dernière escale au refuge Larrieux du côté de la Tournette avant d’achever ce voyage sur les rives du lac d’Annecy était l’objectif fixé.

Jour 1 :
Partis de Blonnière au pied des impressionnantes falaises du Parmelan, la grandeur du défi qui nous attendait s’imposait d’entrée de jeu à nos yeux. Après deux heures de marche, et les premiers 500 mètresD+, nous franchissions le col du Pertuis. Une grimpette tout de même un peu rude qui avait échauffé les esprits et les jambes, mais qui n’était qu’un léger avant-gout  de la suite de l’aventure.
Après un bon casse-croute et les batteries rechargées, les deux heures suivantes à l’ombre des bois dans la vallée du Pertuis étaient d’une douceur reposante.


Une cabane de bucherons, des sentiers qui se perdent dans les bois, des fleurs de montagne, des animaux que l’on devine tout prêt de nous, d’épais névés vestiges d’un hiver rude, puis un débouché sur l’univers minéral des Lapiazs du Parmelan.


Une nature tour à tour surprenante, grandiose, effrayante, lumineuse, sombre égaye notre parcours, à l’image des sentiments et des pensées qui accompagnent le marcheur dans sa lente progression. Soif, faim, fatigue, découragement, les esprits se brouillent et cherchent dans le lointain le refuge tant espéré. Nous l’atteindrons enfin, après 8 heures d’efforts, au terme d’une première journée qui était annoncée « facile ». Epuisés mais heureux de ce premier exploit, la gouteuse tartiflette du refuge Dunant et la vue grandiose à 360° sur la chaine du mont-Blanc et la vallée d’Annecy récompensait nos corps et nos esprits. La satisfaction et le bonheur sont proportionnels à la douleur et à l’effort fournit... leçon de vie n°1.
C'est encore loin de refuge ?

Jour 2 :
Après notre nuit en refuge (merci à nos hôtes pour leur accueil d’une extrême sympathie), le corps marqué par les efforts de la veille, mais bien décidé à rallier la prochaine étape, nous repartions vaillamment à l’assaut des pentes du Parmelan, en direction du Col de la Bourse et de la Balme de Thuy. Sous un soleil déjà brûlant au petit matin, une longue traversée d’un univers aride, de roches, de neiges ponctuées de vues grandioses, de quelques fleurs alpines et de rachitiques pins cembro nous offraient une nouvelle facette de la nature et du programme de la journée à venir.


La progression ralentie par la neige et les risques de crevasses, nous passions le col du Pertuis avant de redescendre vers le Freu d’Albon que nous n’atteignions qu’après 4 heures de marche, soit un gros retard sur le temps initialement prévu. Une entorse allait ensuite considérablement ralentir notre groupe après la pause repas. Après le passage du col de la Bourse, nous attaquions une descente vertigineuse en direction de Morette. Malgré les difficultés, la fatigue, la chaleur, les jeunes donnaient le meilleur d’eux-mêmes pour aller au bout de l’aventure, épaulés de leurs professeurs qui les aidaient à franchir un à un chaque obstacle, à se surpasser, à s’entraider.


Entrainés à l’escalade, la plupart ont passé haut la main un passage aux allures de via ferrata. Pour ma part, la peur du vide et le vertige m’ont saisi, paralysée, m’obligeant à baisser les armes, lâcher prise et à appeler à l’aide, au secours. S’arrêter pour ne pas tomber, apprendre à patienter, attendre, accepter de prendre la main qui se tend, vous soutient, vous aide à surmonter une difficulté, vous réconforte, vous transmet son énergie, son savoir pour vous aider à vous relever, à repartir, à grandir….  leçon de vie n°2.

1 000 mD- pour rejoindre la Balme de Thuy

Après vingt d’heures d'efforts, plus de 1765 mètres de dénivelé positif, 2200 mètres négatif, la chaleur, la fatigue et les blessures ont eu raison du groupe qui atteignant à 18 heures la Balme de Thuy devait renoncer par sagesse à rejoindre le refuge de Larrieux. L’aventure s’est achevée prématurément, avec un brin de regrets et de mélancolie, car la vie nous impose souvent des chemins que nous ne pensions pas emprunter. Le bonheur est de prendre ce qui vient et de laisser partir ce qui s’en va, avec gratitude et sans regrets, mais avec l’impression d’avoir emprunté le chemin le meilleur pour nous mener le plus loin possible, ensemble. Qui veut aller loin, ménage sa monture…. leçon de vie n°3.



Les élèves ont fait preuve de courage, d’entraide, d’une solidarité à toute épreuve pour franchir les obstacles, les passages difficiles, les moments d’épuisements. Ils ont su se surpasser, repousser leurs limites. Mais dans ce genre d’aventure, il ne faut pas négliger les risques, les difficultés, les blessures, les imprévus ; il est indispensable de se préparer physiquement et mentalement, avec humilité et respect de soi, de l’autre, de la nature. Ensemble, nous sommes plus fort pour surmonter une épreuve, qu’elle soit sportive, professionnelle ou humaine, pour atteindre et contempler les sommets. Seul on va plus vite, mais ensemble nous irons plus loin….leçon de vie n°4.

L’année s’achève et avec elle un léger parfum de mél’ancolie. Bonnes vacances à tous, bel été...

L'ancolie, dernière fleur rencontrée sur notre chemin...


25 km, 900mD+ en 4h40, une première sur les chemins….

Le soleil est de retour sur le Genevois avec le mois de Juin 

Une double première en ce dimanche 2 juin ; avec mon amie Fanfan, nous avions rendez-vous pour nos premiers 25 km en marche nordique, du côté de Cruseilles, à l’occasion de la première édition des Escapades du Salève.

Chaque première est pour moi une aventure, un voyage, une découverte…
Première longue distance, car je n’avais encore jamais pris le départ d’une course de 25 km /900mD+ et c’était la toute première édition d’un beau rendez-vous de marche proposé par le Club Omnisports de Cruseilles.
J’aime les premières, car même si ce n’est ni l’ascension mont-Blanc, ni la traversée de l’Atlantique, chaque première est un chemin vers l’inconnu, une découverte, une expérimentation.
Ma plus grande distance sur une course était le Lavaux Nordic Event avec 12 km en 1h40 en 2011. Une distance moyenne, où l’on peut se permettre d’aller vite, le plus vite possible (en marchant je précise) sur un temps relativement court.
Là sur 25km, je m’étais imaginé aller moins vite pour tenir la distance, marcher pendant 4 à 5 heures, dans des conditions certainement difficiles au vue de la pluie de ces derniers mois.
La semaine précédente, je me suis préparée, économisée, en raison d’une douleur persistante à la cheville depuis une semaine. Samedi, j’avais préparé minutieusement mes affaires, prévoyant couverture de survie et trousse de secours, barres de céréale et fruits secs, chaussettes et polaire de rechange et 1,5 l d’eau dans le camel bag. Pas de quoi voyager léger…

Une nuit mouvementée, un rêve étrange ou j’imagine que mes pieds ne me porteront pas jusqu’à l’arrivée, un réveil en avance à 5h30,… et c’est un peu fatiguée mais excitée par cette grande aventure que je rejoins le départ avec ma meilleure amie marcheuse.
Il est à peine 8 heures, le soleil pointe (enfin) le bout de son nez. Un peu endormies, nous retrouvons d’autres collègues marcheuses avec joie. Il y a du monde (près de 120 participants), des marcheurs (plus que d’habitude dans la région)…et oui ça existe, certainement motivés par le niveau de difficulté de cette course.
A 8h30, le départ des 25km est donné. Nous partons sans nous affoler, sans rechercher un chrono, mais avec tout de même la volonté de donner le meilleur de nous même, de boucler le parcours en moins de 5 heures. On a calculé que 5km/h, compte tenu du dénivelé ce serait déjà pas mal….
La première heure se déroule sans encombre à bonne allure, avec 5km600 parcourus pour 200m d+. Au delà du 6ème kilomètre je commence à souffrir de ma cheville et d’une douleur à l’orteil droit. J’attends avec impatience le 1er ravitaillement (8km 500) pour me soigner le pied. La trousse de secours est utile ! Un verre d’eau, quelques fruits secs et nous repartons pour ne pas perdre trop de temps….J’espère que mes pieds vont un peu se calmer et se faire oublier. Fanfan me distance dans la longue montée qui va suivre pour rallier le Grand Piton (1371mètres).
Nous ne parlons plus et je me concentre sur mon pas, tentant de poser au mieux les pieds pour soulager la douleur. Je pense aux trailers, à ceux qui courent des longues distances… J’ai toujours cherché à comprendre pourquoi…pourquoi se lever de bonne heure un dimanche matin, pourquoi s’imposer une souffrance, courir malgré la douleur, pourquoi repousser ses limites, pourquoi, pourquoi, pourquoi,… je commence à comprendre, je ne peux pas et je ne veux pas revenir en arrière ou arrêter ma course… Cette aventure à un goût d’exploration et d’exploit…je sais que les deux à trois heures qui vont venir vont être longues, mais je sais aussi que cet exploit à un goût de liberté, d’accomplissement, de défi relevé grâce à la volonté et le mental.
A chacun son Everest, 
Et même si le mien ne fait pas 8000 mètres, l’atteindre procure déjà une grande fierté et un grand bonheur, un sentiment de bien-être et une indéfinissable sensation d’exister, de vivre.
Au bout de 2 heures, nous en sommes à 10 km, nous sommes dans la moyenne que nous nous sommes fixée. Presque la moitié du chemin parcouru, encore un petit effort, le sommet n’est plus qu’à 4 km.
Après 2h40 de marche, je pointe seule à la Tour Bastian, Fanfan a disparu dans le brouillard. Je la retrouve un peu plus bas, alors qu’elle vient de faire demi-tour ayant pris un mauvais chemin. Je repasse devant, et amorce en courant une longue descente très glissante. La marche est ici trop dangereuse, (voir merdique !), la course me permet d’alléger les appuis (tant pis pour les puristes), et pour ma part, j’ai besoin de soulager ma cheville.
3 heures se sont écoulées, 16 km, tenir bon encore, pendant 8 km ! C’est pas rien…et une nouvelle et ultime petite grimpette nous attend après la Thuile. Au 18ème km, 2ème ravitaillement, il est plus que bienvenu. La fatigue et la faim se font sentir. Une petite pause de 5 minutes et nous attaquons ce que nous savons être la dernière descente jusqu'à Cruseilles.

Pour passer le temps, que nous commençons à trouver long,  nous discutons, de tout et de rien, mais aussi du bonheur de partager cette belle épreuve, de cette montagne que nous aimons tant, des souvenirs laissés ici et là sur les pentes du Salève, de ces moments entre amis ou en famille, à pied, en raquette, en ski ou en VTT.
4 heures,  le compteur affiche 20 km 890…encore 4 ou 5 km…allez il faut y arriver… en moins d’une heure. Heureusement ces derniers kilomètres sont en pente douce, moins boueux et réchauffés par les doux rayons d’un soleil salvateur. Nous imaginons le repas du terroir qui nous attend à l’arrivée, le bon bain chaud qui viendra nous récompenser ce soir…



4h40, 25km, nous passons main dans la main la ligne d’arrivée… 
fatiguée mais heureuse de l’exploit réalisé, 
de cette belle aventure partagée, 
de ces nouvelles rencontres sur les chemins… 
épuisée, mais des souvenirs pleins la tête, 
et l’envie de se préparer 
pour notre prochaine aventure dans le Vercors, 
j’irai me coucher…

Avec ma Fanfan, fatiguées mais heureuses

Un grand bravo aux marcheuses de l’ASJ 74 et du Genevois.
Sur 14 km, et ayant couru la Vitam run la veille : Nathalie Douine (6 km en 53’04) , Nicole Laeser (55’) et Yolaine Siffredi (55’45)
Sur 25 km, Sandrine Berguerre (4heures), Pascale Weber (4h40), et Françoise Viffry (4h40), Sylvie Cons et Marie-Claude Thuillez.



Un grand bravo et merci aux organisateurs pour cette première au TOP ! Vivement l’année prochaine.

Avec Sandrine Berguerre, les deux coaches de l'ASJ74....


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